Ton cœur sur la pente du ciel

Composition : 1998
Durée : 17’ – orchestra –

Effectif : 2.2.2.2 – 2.2.1.0 – 1 perc, cordes
Commanditaire : Musique Nouvelle en Liberté
Création : 12.05.1998, Poitiers, Orch. Poitou-Charentes dir. L. LANGRÉE
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Commentaire

La première partie rappelle par anticipation l’atmosphère « horlesque » du début de To One in Paradise : mêmes instruments, même écriture moins nerveuse certes mais tout aussi tourmentée et tourbillonnante à la façon des ciels nocturnes de Van Gogh. La spirale est une figure récurrente chez Suzanne Giraud : galaxies, mouvements en hélice, vitalité primitive. Nous retrouvons aussi ces traits percussifs qui, idée fixe, viennent ponctuellement réactiver une obsession latente. Comme toujours, chez Suzanne Giraud, la musique est d’une fluidité magique; tout s’enchaine avec un naturel confondant. Insensiblement, la musique s’est faite aérienne. Le large nous appelle. Notre esprit s’est fait nuage. Il glisse sur les autres, épouse les turbulences, s’élève puis plonge, plane, court les espaces.

Dans la seconde partie (les 2/3 de l’œuvre) les tonalités s’apaisent. L’atmosphère initiale est passée au travers d’un filtre opacifiant et il nous en reste des reflets aux contrastes moins crus. Les coups obsédants sont devenus de puissants battements d’ailes. C’est l’appel du grand bleu, le bleu du ciel. L’orchestre nous porte en rêve avec la dynamique d’une locomotive céleste. Bellérophon est parvenu à dompter chez Pégase les forces qui le dépassaient et le chevauche, ivre de cîmes, de vent, d’espace…

Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti au plus profond de moi la communicative force vitale en expansion d’un tutti orchestral. Cela doit remonter au jour où j’ai entendu au concert, pour la première fois, les Métaboles de Dutilleux. L’énergie cosmique du début a pris un sens au lieu de nous troubler ou nous angoisser. Elle nous revitalise. Il y a eu La Nuit Transfigurée de Schoenberg, voici maintenant « Le Ciel Transfiguré ».

Vincent Urbain