Envoûtements III

Composition : 1997
Durée : 10’ – voice cl perc –

Effectif : Soprano, clarinette et percussions
Commanditaire : Festival de Dresde
Création : 03.10.1993, Dresde, Ensemble Accroche-note

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Notice

Commande du Festival de Dresde pour l’ensemble Accroche Note de Strasbourg, qui l’a créé en la cité saxonne le 3 octobre 1997, Envoûtements III associe voix, clarinette et percussion. « Pour envoûter avec la voix, il me fallait un texte, convient Suzanne Giraud. Or, j’entretenais depuis longtemps une correspondance suivie avec Jeremy Drake, poète britannique installé à Paris, composant musique et poèmes, en français et en anglais. » L’alliage de la voix de soprano et de la clarinette formant un contraste des plus langoureux, le troisième volet de la série des Envoûtements est tout naturellement dévolu à l’amour, à l’enchantement amoureux. D’autant que, partie intégrante du corps, l’instrumentvoix est intimement lié au sensible. Carmen envoûte Don José, Lulu tous les êtres de son entourage… « J’ai choisi l’anglais, confie le compositeur, non seulement pour son côté universel mais aussi parce qu’il est la langue des musiques populaires actuelles, qui parlent souvent d’amour. » Les vers de Drake, qui évoquent un poète se souvenant du dernier weekend qu’il passa avec son amante dont il est, depuis, séparé, ne font que suggérer l’érotisme, ce qui les rend d’autant plus puissants. « La suggestion a plus de force que l’énoncé », selon la formule du compositeur, qui a ainsi été conduite à affiner encore davantage sa technique pour camper une atmosphère plus significative que si elle avait été exprimée de façon triviale. Certains mots sont décalés, comme le verbe « transpercer » qui a un potentiel d’érotisme plutôt violent, alors que, dans le poème, il se place dans un tout autre contexte. Le plan d’Envoûtements III obéit aux mêmes proportions que celui d’Envoûtements II, mais sa tessiture est évolutive, les instruments à percussion changeant d’un cercle à l’autre, tout comme les effectifs. Ainsi, dans le deuxième cercle, la voix est absente, sa charge émotive étant si accaparante que le compositeur a choisi d’en doser les interventions. L’œuvre n’est pas dépourvue d’effets, les souvenirs du poète suscitant notamment une alternance de lointain et de proximité. Certains termes s’accompagnent de figuralisme et quelques mots, choisis pour leur expressivité, sont répétés. La voix est placée au premier plan parce qu’elle porte le texte, qui reste constamment perceptible et compréhensible, alors que la clarinette en trace l’ombre portée et que la percussion ponctue et commente l’ensemble. Contrairement aux deux Envoûtements antérieurs, les tessitures divergent et usent de trois enveloppes de hauteurs distinctes, extrêmes de la voix, extrêmes de la clarinette en si bémol et de la clarinette basse en si bémol, extrêmes des instruments à percussion, marimba, crotales, peaux accordées.

Bruno Serrou

 

 

Voici la Voix venue vers les voûtes voilée
Sourire épanoui derrière les volets
Ne rien donner Ne rien rêver Ne pas parler

Voici venir le voeu de votre volonté
Et le cri déchirant de votre volupté
Pour se lever Pour se poser Pour s’arrêter

Vous vibrez vous volez et vous ne voulez pas
Considérer la Mort livide et le Trépas
Aucune lutte Aucun duel Aucun combat

Voici la voix vivante et vibrante de Vie
Et la pierre à l’Esprit désormais asservie
La voix ténue La voûte nue L’Ame ravie

Henri Tournier